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Interview d’Alex Werner, web-entrepreneur, 1er administrateur streaming

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Aujourd’hui NextWarez.com vous emmène à la rencontre d’Alex Werner, ce développeur entrepreneur a créé l’un de premiers sites de Streaming : Dreamovies. À l’époque le site a rencontré un grand succès avant de fermer en 2008, suite aux récentes actions de l’ALPA. Nous sommes allés à la rencontre d’un des premiers webmasters français de ce milieu devenu omniprésent pour connaitre son avis sur le warez actuel et d’époque, sur la Hadopi,.. Mais nous parlerons aussi de la valorisation de cette expérience dans son parcours. L’interview est très long mais nous préférions ne pas le couper, chaque réponse étant jugée intéressante.

1/ Bonjour, pouvez vous présenter a nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Bonjour à tous, je m’appelle Alex Werner, je suis un jeune web-developpeur full-stack. Ayant 21 ans aujourd’hui, j’ai eu la chance d’avoir participé à ma façon à la diffusion de la culture pour tous.

Aujourd’hui cadre technique chez Orange Business Service (juré, les 1.3 Million de comptes clients Orange volés, ce n’est pas moi 🙂 ) en alternance, je termine à côté mes études d’ingénieur en Informatique dans une école privée (Ingésup). Je gère une association de promotion d’un genre de musique peu connu et je suis membre de l’association The Bitcoin Foundation.

Je suis un fervent défenseur du libre et du partage.

2/ Vous aviez créé a l’époque le premier site de streaming FR, pourquoi ? Et comment l’aventure s’est déroulée ?

Le partage. La culture. Pour tous, pour les collégiens, qui, comme moi aidés de leurs 10€ de poche par semaine, ne pouvais se permettre d’acheter des DVD.

L’histoire à commencé en 2006, j’avais 14 ans à l’époque, je débutais ma troisième, et je passais mon temps à essayer de “dompter” mon ordinateur personnel reçu quelques années auparavant, j’avais acquis quelques connaissances en HTML (apprise sur le tas grâce à un éditeur WYSIWYG et des connaissances infimes en PHP).

Et petit à petit des sites tels que stage6 (qualité divx des vidéos dès 2006 ! – pour remettre dans le contexte, YouTube démarrait à peine à l’époque, les français utilisaient encore Dailymotion <3 ), ont fleuris, les utilisateurs ont posé quelques vidéos dessus, des films, séries et animés. À force de rechercher au hasard, je commençais à en avoir quelques uns (ce n’était pas évident, les noms de vidéos étant factice, un film tel que Asterix et Obelix mission Cléopâtre se nommait AOMC – fr ). Donc je testais, de façon empirique, afin d’en trouver de plus en plus. Et plutôt que de faire une page word, j’ai fait une page HTML, qui, petit à petit, a évolué.

J’entrais chaque jour, à la main (pas de PHP sur dreamovies avant quelques mois), les pages, ou je cherchais la description et je mettais le lien de la vidéo, les photos, une à une, chaque soir en rentrant de cours. Principalement, pour moi, pour revoir des films que j’aimais bien, et puis j’ai vu que ça intéressait mes camarades de classe, et je voulais absolument poursuivre mon travail avec mon ancien site (un site généraliste sur Stargate fait peu avant Dreamovies), en voulant faire un portail avec les news des séries, des films et les vidéos gratuites pour les voir, bref participer à la diffusion des films et séries pour tous (ouais bon, y avait allociné pour ça… Mais j’avais du temps !).

Pour résumé, l’idée c’était avant tout de me faire une liste pour moi, que mes amis auraient pu consulter également. Et ne l’ayant interdit d’accès à personne, très vite ce sont quasi 1 million de visiteurs qui sont passés voir.

3/ En bon pionnier vous avez été l’un des premiers a fermer sous la pression de l’ALPA, que s’est-il passé ? Aviez-vous conscience des risques ? Des poursuites on était envisagées ?

En fait à l’époque, en février 2008, un autre site avait déjà fermé, chacal-stream (http://www.01net.com/editorial/370767/le-responsable-dun-site-francais-diffusant-des-films-pirates-arrete/) puis R4v3n (fev-07 – fev-08), un collègue ayant sûrement le même âge que moi (au vu de son écriture à l’époque), j’ai suivi peu après (fin 08), car j’étais aussi gros en terme de visites, et surtout j’étais mineur, conscient qu’en cas de connerie mes parents prendraient… Surtout que dans le contexte, ceux-ci n’étaient pas au courant, pour eux, je savais à peine ouvrir un programme et installer un logiciel..

J’ai d’abord moi-même contacté l’ALPA, en Août/Septembre 2008, j’étais sûr de mon droit (ayant lu les textes de loi), je pensais avec certitude que la loi présentait un flou juridique sur le sujet. Cf le mail plus bas. A partir de là, j’étais en connaissance des risques. Ce mail à été suivi de près par un autre de leur part dans lequel ils ont répertorié un à un tous mes contenus appartenant aux ayants droit. Un boulot précis : Pour chaque ligne, le nom du film avec accolé à côté le nom de l’ayant droit qui réclamait ses droits. Et ceci pour bien plus de trois centaines de liens… Un travail fait à la main, et un champ message qui coupait automatiquement au bout de 5000 caractères, je n’en ai jamais lu la fin… Bref, un mec ou deux payé pendant plusieurs jours pour faire ce boulot à la main. Ça m’as fait peur, et j’ai viré l’index du site sans réfléchir.

J’aurais sûrement continué si je n’avais pas été seul dans ce projet (j’avais mis pendant longtemps un message sur le site appelant à l’aide des bénévoles, avant de passer en PHP et proposer aux gens de mettre eux même leurs liens, la seconde solution fonctionna plutôt bien).

Aucune poursuite n’a été prise, en même temps, à l’époque ça aurait été très difficile pour eux, je pense que je n’étais dans aucun de leurs registres (je n’étais pas naturalisé Français à l’époque). Je crois avoir eu la chance d’être en quelques sortes invisibles, car trop jeune, sans CI, sans Carte Vitale, sans CB, sans téléphone…

L’échange de mail en question :

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4/ Au niveau financier le site vous rapportait-il un revenu ? Comment voyez-vous le marché du streaming illégal particulièrement lucratif actuellement ?

Pas un centime, je n’ai jamais pris le temps d’essayer de le monétiser. C’était pas le but. Je n’avais pas besoin d’argent, j’avais besoin de pouvoir regarder des docus, films et séries. L’argent ne m’aurait servi à rien d’autre qu’à les acheter… Avec le recul, et mon expérience, je sais ce que j’aurai pu faire, et jusqu’où le mener.
Quelques serveurs en Russie, un peu de pub, une monétisation par dons (aujourd’hui j’aurai utilisé le BTC) et proposer les utilisateurs de l’uploader directement sur mon site, mais j’aurai fini hébergeur de contenu illégal (de toute façon un herbegeur de liens était considéré de la même façon pour l’ALPA donc bon…) Mais je ne l’ai pas fait.
Par contre le site m’as coûté le prix du nom de domaine pendant 3 ans. Techniquement, j’ai perdu de l’argent.
L’hébergement étant sur free.fr (oui oui, il a tenu les 100 000 visites par mois sur un site codé avec les pieds sans broncher !) il ne m’a rien couté.

Maintenant, je préfère voir les administrateurs gagner leurs vies sur une commission à l’achat des DVD qu’à la monétisation pure de streaming. Je préfère les voir partager par purs idéaux que par appart du gain. Mais je comprends parfaitement ceux qui veulent profiter de cette manne financière. Combien aurais-je pu gagner en vendant la liste d’adresse email glanée ? Les informations des visiteurs aimant tels ou tels genres de film ? Je ne peux pas leur en vouloir.

5/ La fermeture de votre site vous a-t-elle complètement coupé du warez, où avez-vous continué a le côtoyer en temps que simple visiteur ou autre ? Si oui sur quel site ou protocole ?

J’ai connu Emule avant, c’est lorsqu’en 2006, le serveur Razorback a été récupéré que je me suis tourné vers le streaming (j’avais des espèces de point VIP dessus qui), puis mon site à du être fermé, alors j’ai visité le bittorrent. J’ai connu allotracker, snowtigers, guiks, Gks (Merci pour tout Meska !). Je commence à me dire que j’ai la poisse.
Ayant la chance d’aller en Russie très régulièrement, je dois avouer avoir chez mes grands parents, récupéré quelques fichiers. Depuis je m’en suis coupé, j’utilise Spotify pour ma musique, les replays pour voir ce que je souhaite voir, et les prix des jeux sur Steam sont souvent imbattables.

Mais j’estime que si je n’avais pas eu ce support, aujourd’hui, je ne serais pas le quart de ce que je suis aujourd’hui. N’en déplaise au Majors, le Warez permet la diffusion de la culture en masse à des gens qui en sont privés.

6/ Comment voyez-vous l’avenir du warez après les mesures commencées en France, la fermeture de GKS et l’avènement du data payant d’après nous ?

GKS est la principale source de désespoir de mes derniers jours. J’ai mal vécu la fin de Guiks, mais la… Dur dur…

Pour le nouveau rapport de Hadopi… C’est simple, avec Dreamovies on était trois (Chacal, R4v3n et moi), j’ai été le dernier des trois à fermer. Le lendemain, une cinquantaine de sites avait fleuri.
L’amour qu’on les utilisateurs pour la culture est sans limites, couper une tête, dix repousseront. Je leur souhaite bon vent dans leur lutte. Voyons le positif, ils font vivre une dizaine de personnes chez Hadopi. En cette période de chômage, laissons les travailler !

En ce qui concerne l’avènement du data payant, pour moi c’est une connerie.
Soit ils détecteront directement le protocole utilisé, dans ce cas, pas de soucis il y aura des tas d’autre façon. Soit c’est à la quantité de données brute et la, le premier opérateur proposant une offre illimité récupérera tout ses utilisateurs.
Dans tout les cas, les internautes trouveront une solution, comme d’habitude, et on en reparlera dans cinq ans comme la connerie à la Française.
Personnellement, je n’hésiterai pas une seconde à quitter la France si ce genre de mesure venait à éclore.

7/ Vous avez maintenant un certain nombre d’activités sur internet pouvez-vous les présenter à nos lecteurs ?

Mes activités sur Internet s’axent sur plusieurs points :

– Je suis autoentrepreneur, une agence de communication web (Mot pompeux pour dire que je fais de la TMA et création de sites internet), dans laquelle je bosse sur plusieurs projets, donc une web-application dédié au cryptotrader (Bitcoin). Un CMS PHP et un ERP à destination des e-commerçant.

– Je suis cryptotrader, c’est-à-dire que j’ai investi dans une cryptomonnaie (en l’occurrence principalement le Bitcoin), il y a quelques temps, et que j’utilise ce capital en Bitcoin pour le faire fructifier en tradant (pour résumé, je vends quand il vaut cher, et je le rachète quand il vaut moins cher, augmentant ainsi mon total).

– Et je gère une association destinée à promouvoir un genre de musique très particulier (l’Hellectro). Avec un site portail d’actualité, fiche de groupes, d’album. Pour permettre à tous de découvrir et se tenir au courant de cet univers (nouveaux albums, les concerts en france, un forum etc….). Pour l’instant, une attaque pirate (pourquoi ?) nous à capoter le site. Donc le projet est en pause depuis quelques semaines.

D’ailleurs, tout ce que je développe est, ou sera, consultable dans sa quasi-intégralité (les parties non sensibles) librement sur le net.

8/ Votre expérience dans le streaming vous a-t-elle aidée dans votre vie professionnelle ? Avez-vous pu la mettre en avant auprès de recruteurs ?

Oh que oui, non seulement elle m’a servi, mais elle à été essentielle c’est elle qui m’a appris les bases de l’informatique et qui m’a apporté une culture que je n’aurai pas pu avoir sans. C’est grâce à ce petit avantage sur mes camarades et cette petite expérience que j’ai senti que l’informatique pouvait être pour moi.

J’ai pu en effet la mettre en avant face au Start-up, les recruteurs y voyant d’un bon oeil mon côté entrepreneur, risk-taker.

Mais jamais je n’en ferai mention face à de grosses boites (tel que celle où je travaille aujourd’hui). D’ailleurs le site a disparu de mon CV au fil du temps. Il faut dire que c’est plutôt mal vu comme domaine d’activité, et qu’étrangement dire que je code depuis quelques années est EXTRÊMEMENT mal vu. C’est assez hallucinant…
Officiellement, sur mon CV, j’annonce codé depuis mes 18ans, ca passe mieux, on ne me suspecte pas de mentir… N’est-ce pas un peu fou ?

9/ Que conseillerez-vous à ceux qui veulent se lancer dans l’aventure warez actuellement ?

Embauchez-moi ? 🙂
Sérieusement, je conseillerai surtout d’être honnête avec eux-mêmes, de réfléchir à la raison qui les pousse à faire leurs plates formes. SI c’est l’argent, pensez à votre visiteur derrière, mettez-vous à sa place, il est possible de jongler avec décence entre l’argent et l’amour de votre visiteur, ne le vendez pas à quelques euro têtes contre des infos et des emails… Vous avez les moyens de vivre très bien, sans prendre les visiteurs pour des cons 🙂 Pensez au Bitcoin également.
Protégez-vous, je vous conseillerai des terres plus propices à votre activité, la Russie est agréable à vivre, mais l’Europe de l’Est est attrayante à sa façon. Au besoin des solutions existes si vous ne vous sentez pas de partir de notre beau pays. Renseignez-vous 🙂

Mais surtout, lancez-vous à fond,ce sera une expérience fun, passionnante, risquée mais que vous garderez à vie, ou vous découvrirez qu’il y a d’un coté le beau monde des majors et les millions gaspillé dans les procès destinés à faire couler le petit administrateur d’un petit site. Et de l’autre une communauté de petites fourmis qui essaient de faire découvrir, de partager des morceaux de la culture cinématographique ou musicale. Et rien que parlez,côtoyer, à ces gens la, vaut tous les risques du monde !

10/ Quels sont vos projets pour la suite ?

Aujourd’hui elle sont loin du Warez. J’ai eu plusieurs propositions pour travailler en Russie, aux Pays-Bas en France ou en Suisse. J’ai failli me jetez dessus, mais au final, j’ai décidé de rester, terminer mes 6 derniers mois de cours et d’alternance. Un diplôme, ce n’est jamais de trop.
Je profite de ce temps pour bosser sur mes projets internes. Essayez de voir ce que je peux apporter à la communauté Bitcoin également.
Le but étant, d’ici 6 à 12 mois, d’avoir des produits suffisamment complets à présenter à d’éventuels investisseurs et d’essayer de faire mon bout de chemin ainsi.
Si malheureusement, je n’aurai pas su convaincre, je pense fortement à prendre le large dans des pays étrangers (l’informatique n’a pas le soutien que je souhaiterai voir en France) et bosser pour le compte d’une start-up innovante.
Mais de continuer à bosser de mon côté, de chercher à offrir des solutions aux problèmes que je rencontrerai 🙂 Et qui sait peut-être qu’un jour, si le besoin se fait sentir je reviendrai avec la même philosophie du sans pub, tout gratuit.

 

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À propos de l'auteur

NW Team

C’est le compte de la NextWarez Team qui vous offre de nombreux articles et conseils fort d’une expérience longue de plusieurs années.

2 commentaires

  1. Le temps passe si vite, et dire qu’on s’est connu sur Dailymotion via mes vidéos de Kaamelott il y a 8ans de ça!
    En tout cas, c’est une belle réussite, bravo à toi