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Interview de l’ancien administrateur du Paradis du Net

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Les trackers torrent représentent une énorme partie du téléchargement illégal en France, mais aussi dans le monde; même si aujourd’hui, les sites de streaming sont de plus en plus populaires. Ces sites de partage sont gérés par des administrateurs dont la discrétion est indispensable à la survie du site et de leur propre personne. Aujourd’hui, nous avons la chance de pouvoir vous présenter une interview exclusive de l’ancien administrateur du Paradis du Net, ouvert en 2012 et fermé par les autorités en 2017… L’administrateur, un dénommé Easy, a été arrêté et jugé en octobre 2017.

Bonjour, peux-tu te présenter ?

Bonjour, je suis Easy, ancien administrateur du Paradis du Net.

Pour ceux qui n’auraient pas connu, tu pourrais nous parler de Paradis du Net ?

Le Paradis du Net a ouvert en 2012, nous n’étions que deux pour cette occasion, et au fil du temps le site a pris de plus en plus d’ampleur. Durant cette période je l’avoue, nous avons été dépassés par l’arrivée des nombreux nouveaux membres. Je n’ai pas de chiffres en tête, cela remonte à trop longtemps. Nous avons décidé de faire de Paradis du Net un tracker généraliste sans contenu pouvant choquer, ou plutôt déshonorer le P2P (du style fichier pédophile, religieux, etc.) Nous avons effectué quelques changements style script (au départ nous étions sur du torrent trader pour finir avec un template share / NDLR : Easy nous parle du CMS de son site); mais le gros changement est le fait que le deuxième administrateur a décidé d’arrêter pour des raisons qui le concernent. De ce fait, pendant quelque temps, je me suis trouvé seul aux commandes (pendant environ deux mois). Pendant les derniers mois de vie du tracker, nous étions une dizaine dans le staff, et le site comptabilisait environ 5 000 à 6 000 membres; ainsi qu’environ 20 000 fichiers actifs. La fermeture du site a eu lieu au mois de février 2017.

En mettant de côté ton procès, peux-tu nous parler de ce qu’apporte la gestion d’un tracker torrent ?

Pour moi, la gestion d’une telle œuvre est devenue une passion; mais surtout un lieu de passage où l’on peut parfois faire de belles rencontres. Par ailleurs, ce genre d’activité prend énormément de temps et donc la vie privée peut être mise de côté.

Comment les autorités ont-elles associé ton nom à Paradis du Net ?

Il y a plusieurs moyens possibles pour ça (publicité, dénonciation, etc..). Dans mon cas, j’ai commis certaines erreurs par exemple avec le pot commun (NDLR : Une plateforme de dons permettant aux membres de donner de l’argent afin de montrer leur soutien au site et à son équipe)  où mon identité est présente. J’étais un peu naïf en pensant que personne ne le remarquerait. Mais d’après ce que je sais, il n’y a pas que cela. Apparemment ils ont reçu un sacré coup de main d’un administrateur d’un autre site illégal. Finalement, ils leur suffisait de remonter les miettes de pain derrière moi… Il faut savoir que l’enquête était ouverte depuis environ un an, donc depuis début 2016.

Comment s’est passé ton procès ?

Déjà l’attente du procès est très longue, l’inquiétude grandit et vient ensuite le jour du jugement : là je suis dans une grande salle d’audience ou plusieurs procès sont jugés en même temps et mon tour arrive. Face à moi la juge, et ses assesseurs vers la gauche, la partie civile (composée uniquement de la SACEM), enfin mon avocat et moi. Nous écoutons la juge faire son discours (rappel des faits reprochés et dans mon cas le casier judiciaire), ensuite la juge demande ma version et le pourquoi de la création du site ; une fois terminé c’est au tour de la partie civile qui défend sa cause et enfin la sanction.

Quelle a été la décision de justice ?

La justice m’a condamné à payer à la SACEM 7 100€ (frais d’avocats compris) ainsi qu’une amende avec sursis de 1 000€.

Que tires-tu de cette expérience ?

Cela m’a apporté plus de connaissances dans certains domaines, la découverte d’un monde dont peu de personnes ont connaissance, mais surtout la naissance de nouvelles amitiés.

Si c’était à refaire, tu changerais quelque chose ?

Il y a tellement de choses à changer, mais la priorité est mon identité, être le plus discret possible, ne pas se faire connaître sur des forums de discussions publics, utiliser tous les outils nécessaires pour masquer le site (comprenant son staff et ses membres), faire rentrer ses membres par invitations et se limiter à un nombre de personnes bien défini. J’oublie sûrement des choses, mais pour moi les principales choses à changer sont là.

Que penses-tu du warez aujourd’hui ?

Le warez d’aujourd’hui n’est pas celui que j’ai connu, je n’arrive pas à m’identifier à certains sites où seul l’argent fait loi, où les administrateurs se tirent une balle dans le pied. N’oublions pas que le P2P est avant tout du partage de fichiers (légal ou pas), mais ne doit pas devenir un lieu où l’argent domine le reste, je sais que cela a un coût financier… Ce que je peux conseiller est de ne rien demander à vos membres et voir uniquement avec l’équipe qui vous entoure (au début,  il est vrai que j’ai fait des demandes de dons, mais ensuite avec notre équipe nous avons décidé de diviser la facture du serveur entre nous). J’espère qu’un jour les sites, où la pub et les demandes de dons sont omniprésentes, comprendront… Ceci est le credo de certains sites, d’autres sont encore dans l’esprit du partage, de la bonne humeur, de bons moments. J’espère qu’un jour le véritable warez reviendra et que certaines personnes seront d’accord avec ce système de partage.

Une dernière chose à ajouter ?

Ce que je peux ajouter, c’est qu’il existe plusieurs outils et/ou supports disponibles pour créer des trackers torrent en toute légalité, mais le partage de fichiers protégés est lui illégal. Pour moi le P2P me manque et laisse un trou dans ma vie, mais nous devons tirer des leçons de nos erreurs et continuer à avancer, j’ai retrouvé ma famille, mes amis, et une autre vie après le P2P. Pour moi tout cela est bien terminé et je dois passer à autre chose. Bonne route à tous.

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À propos de l'auteur

matthieucmp

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2 commentaires

  1. La justice m’a condamné à payer à la SACEM 7100€ (frais d’avocats compris) Autrement dit, il y a pour plus cher d’avocat que d’amende. Parce que la SACEM, ne se colle pas d’argent dans les poches, elle se contente de percevoir des sommes qu’elle verse ensuite aux ayants-droits. Parler de la très riche SACEM, c’est comme prétendre que la sécurité sociale est milliardaire. Ce qui serait totalement stupide.

    Est-ce que ça valait le coup d’essayer de convaincre un juge de son innocence alors que les preuves avaient été recueillies par les forces de l’ordre ?
    Parfois, on a meilleur temps d’assumer et de se présenter devant le magistrat la tête haute, on s’en sort mieux en reconnaissant les faits. On évite en tout cas de remplir les poches des seuls individus à qui les procès profitent, c’est à dire les avocats.

    « Apparemment ils ont reçu un sacré coup de main d’un administrateur d’un autre site illégal.  »
    La parano ça marche toujours très bien sur internet. On voit en tout cas que l’univers du p2p est avant tout un joli panier de crabe. Les uns et les autres admettant bien volontiers qu’il existe une réelle guéguerre entre les différents sites.
    En revanche, il ne faut pas non plus se raconter d’histoires. Les gendarmes ne circulent plus à cheval depuis longtemps. Et ils sont bien assez grands pour mettre la main sur ce type de site sans l’aide de personne.